La plume
Une plume prend son envol du dos d’un albatros,
elle virevolte, tournoie, monte puis descend dans un flux de vie,
animée par des forces que rien ni personne ne contrôle ;
Les autres plumes la regardent, envieuses d’une si grande liberté,
elles en font une idole, une icône de possibles.
Elles-mêmes ont l’expérience du vol, un vol qu’elles trouvent trop dirigé parfois.
La plume folle poursuit sa route, connait les grandes heures des découvertes,
se frotte à des courants rares et remonte des ciels improbables.
Elle vole. Nul ne pourra savoir où sa course finira, nul ne voudra la suivre jusque-là.
Elle restera une idée, un souvenir que c’était possible. Elle aura connu d’autres plumes seules, elle aura caressé des lèvres, écrit des vers à l’encre humaine.
Elle aura sans doute compris des secrets, remonté des temps ancestraux, gouté des salines de nulle part et embrassé sa solitude, car de toutes les rencontres faites, elle n’aura pu se reposer que sur le coussin d’air qui la supporte, celui qu’elle crée en évoluant.
Un jour on la vit disparaitre, seule au gré d’un coup de vent, personne ne sait ce qu’il advint. Et peu importe, elle n’était rien qu’un exemple d’une liberté dont on discute entre copains pour nous faire fuir le quotidien.
Photo : Province du sud Lipez, Andes, Bolivie © Stéphane Lemaire – 2009