La Malouine
J’ai embarqué hier sur La Malouine, un vieux gréement qui ne laisse personne indifférent.
Gracieux, c’est le premier terme qui m’est venu lorsque j’ai aperçu le bateau qui allait m’accueillir pour quelques jours et nuits en son sein. Assis sur le boudin gris de l’annexe qui nous menait au mouillage, c’est une grande respiration profonde qui m’a empli d’une joie d’exister telle que j’aime les ressentir.
L’eau, le vent, le regard ouvert sur des horizons pour le moment réduits au golfe du Morbihan, mais quels horizons ! Splendeurs et calme embrassaient alors un sentiment excité de sérénité, un mouvement immobile, une avancée statique, intérieure.
Un Accueil formidable
Aussitôt mis le pied sur le bateau, nous étions accueillis à bras ouverts, les cinq autres passagers et moi-même, par François Bertrand, l’armateur de La Malouine et sa charmante famille. Ses fils, Jean, Charles et François (Fanch) font partie de l’équipage du Capitaine Greg, un homme ayant fait deux fois le tour du monde en solitaire à la voile, pendant dix ans. Fanch est capitaine également, à 24 ans et une expérience longue comme le mat principal du bateau…
Nous rencontrons également Antho, un grand gaillard au type Irlandais et Jérémie. Initialement, nous devions rallier Saint Malo en faisant le tour de la Bretagne depuis Port Blanc à Baden. À la dernière minute, le bateau est attendu à La Rochelle, nous ferons donc route vers le sud en faisant halte à Belle-île, Groix, l’île d’Yeu et enfin Ré.
La première nuit sur le bateau fût relativement courte, car commencée bien tard. Après l’apéro et le barbecue de bienvenue, nous avons veillé ; musique, chants, verres partagés, franches rigolades et discussions plus profondes, sur un bateau, c’est logique finalement.
Durant la première nuit à bord, le gite ne venait pas des vagues…
Le lendemain, un petit tour à terre sur l’île aux moines pour acheter de quoi petit-déjeuner, puis cap vers Belle-île. Fanch se harnache, fait le singe sur les mats, les voiles tombent et la magie blanche commence ! Pour sortir du golfe, nous naviguons au moteur, le vent est faible, mais le sourire grand.
Le golfe du Morbihan est un endroit fabuleux, paisible et très reposant.
On vient d’y terminer une fête d’une semaine qui a lieu tous les deux ans.
Des gréements de toute sorte y ont navigué faisant d’aujourd’hui une sorte de calme après la tempête.
D’autres vieux gréements viennent de lever l’ancre sous les coups de cornes sonnant le départ, des bateaux plus petits accompagnent la sortie des mastodontes dans un matin couvert, mais lumineux.
Le silence et la mer
Plus loin, Greg coupe le moteur, et là, nous profitions de la sensation formidable d’être mus par Éole, seul le souffle du vent accompagne nos méditations.
Le capitaine me propose de tenir la barre pour rejoindre Belle-île.
Je zigzague un peu au début, le temps d’intégrer la latence entre les tours de roue de la timonerie et le déplacement du bâtiment.
Jérémie nous concocte un frichti riz, saucisse, champignons à la crème fort plaisant.
Nous approchons du port du Palais paisiblement, les voiles sont repliées, nous apprenons un peu de vocabulaire et quelques rudiments d’attaches de cordes.
Le bateau invite au voyage, au voyage intérieur, à la perte de notion des heures et des obligations non concrètes immédiatement.
Je reste un moment à regarder la mer, simplement, respirant un air plus pur.
Certains partent pêcher, d’autres s’endorment, la vie coule et il me perle dans les envies, des idées nouvelles…