Voyages en terre des hommes

L’ile Maurice, de surprise en surprise

L’ile Maurice, de surprise en surprise

Voici quelques années que j’entretiens avec l’ile Maurice une relation particulière.

Ile d’accueil de mes ancêtres colons au XIXe siècle, elle en porte toujours la descendance métissée. Mes cousins de l’île, retrouvés en cherchant les origines et l’histoire de ma famille maternelle, m’ont tout de suite plu lors de notre première rencontre en 2008.  Mes cousins sont des gens formidables, cela ne fait aucun doute, je le dis aujourd’hui invité dans le nord de l’île par la famille et les amis à passer un réveillon 2012 dans la joie, la détente et un partage fabuleux.

Je rencontre des gens simples et généreux, avec qui les échanges se font en profondeur et avec sincérité.

Suis-je hébergé chez eux lors de ce voyage ? Non, encore une chose incroyable ! SentirLeMonde et mes écrits m’ont servi de passeport pour la magie. En effet, via mes récits, j’ai pu lier amitié avec de nombreuses personnes, dont Isa qui m’a spontanément proposé sa maison, sa voiture et la liberté d’en disposer comme je le souhaite pendant les trois semaines de son absence. La demeure est très belle, très bien située sur la côte ouest de l’île. Un plaisir sans limites.

Voilà planté un décor que j’agrémenterai de cocotier, de plages magnifiques et de gens aimables.

Cependant, vous le savez, je n’aime pas les clichés, quels qu’ils soient et je tente de rentrer dans la complexité des cultures, si tant est que ce soit possible.

Pourquoi suis-je donc à Maurice ? Nous dirons une affaire de cœur qui pour le coup me tenait vraiment à cœur. Une fois de plus basé sur une relation vraie, de confiance et de partage, du moins je ne peux donner que mon impression de la chose à ce moment-là. Un mois prévu sur l’île pour se retrouver et se connaître mieux dans un contexte différent… sauf que la vie et les gens sont surprenants, très surprenants. Sans épiloguer, je me suis retrouvé à quinze jours de mon départ avec un billet non échangeable et non remboursable en ayant perdu la raison principale de mon voyage. Bon que faire ? Ben on y va tiens ! On verra bien ce que l’avenir nous réserve encore !

De cette relation partagée sur le sol européen avec une femme mauricienne donc, avant mon arrivée en décembre sur l’île, j’ai pu avoir une certaine image de l’île Maurice, sur les mœurs, les façons de s’amuser, les distractions, rencontrant alors aussi d’autres Mauriciens. J’ai croisé des comportements très contrastés, de la générosité vraie à des attitudes surprenantes de replis, de manipulation et de manque d’honnêteté, bref de peurs. Vous me direz, ce sont toutes les couleurs de la palette humaine, simplement, et chacun d’entre nous passe par ces différents états ou positionnements. Inutile de blâmer, il « suffit » de se placer, choisir et de garder le meilleur des gens. Que l’on soit français, mauricien, chilien, turc, moldave ou américain, nous sommes tous égaux face à ces deux grandes forces que sont l’ amour et la peur. Voilà ce qui mène le monde, alternativement, nous ballotant de moments splendides à des déchirements.

La peur est bien ce qui crée l’enfer dans nos vies, la peur de notre passé souvent nous y fait stagner. On confond les expériences qui nous ont aidées à nous construire et dont nous n’avons plus besoin avec ce qui nous constitue. Contrairement à ce que l’on peut croire, nous ne sommes pas nos expériences et surtout pas nos peurs. Nous pouvons apprendre des premières pour nous affranchir des secondes. Vivre dans nos peurs, c’est être perpétuellement dans une souffrance qui nous rassure en nous plaignant de cette souffrance. C’est la position habituelle de victime, douloureuse et plus « facile » (car passive) à prendre parce qu’elle évite la remise en question profonde et la prise de risques ou une certaine honnêteté envers soi, qui, elle, est parfois très difficile à accepter, qui que nous soyons. C’est accepter de laisser de côté notre image idéale, celle qu’on voudrait que les autres ai de nous, pour devenir ce que nous sommes vraiment. C’est un travail de chaque jour, pour chacun. C’est apprendre à assumer et à être responsable de ce qui nous arrive, responsable, pas des événements eux-mêmes, mais de notre façon de les vivre, car oui je le répète nous avons toujours le choix et celui-ci ne regarde que nous. Nous avons donc le choix d’aller vers la sérénité, car elle ne viendra pas à nous toute seule. Nous cheminons tous sur des sentiers caillouteux, il est essentiel de comprendre que les cailloux que nous rencontrons sur notre route, graviers ou rochers, sont à prendre comme des matériaux de construction de ce que nous voulons construire dans nos vies.

Revenons-en à quelques impressions donc…

J’ai passé quelque temps à visiter l’île, à rencontrer ses habitants, à tenter de comprendre les contextes et les situations.

Le sud-ouest de l’ile est une zone particulière, on dit d’ici que ce n’est pas tout à fait Maurice. Plutôt une zone où, au sud de Flic en Flac jusqu’au Morne, vous trouverez des familles bien installées, souvent occupant des postes importants dans de grandes entreprises. Beaucoup de personnes ayant vécu en Europe ou ayant fait leurs études en Europe s’installent vers Tamarin ou Rivière Noire. Bien sûr il y a aussi une population moins aisée, qui souvent travaille au service de ces familles.

Flic en Flac est la station balnéaire populaire de l’île. Les habitants de Curepipe s’y rendent le week-end. Curepipe est la ville ou il était bien de vivre quand on avait réussi, ce jusqu’aux 15 dernières années. Désormais, les côtes sont aussi privilégiées pour habitations principales alors qu’auparavant, elles étaient des lieux de villégiature exclusivement. Curepipe est situé au centre de l’île, c’est sans doute l’endroit où les colons profitaient de l’arrêt du chemin de fer en ce lieu pour curer leurs pipes lors de la traversée de l’île.

C’est une petite ville en son centre qui s’étend en habitations sur des kilomètres. Rouler et stationner à Curepipe relève du cauchemar si en plus on vient de passer 1h dans les embouteillages. Le souci est la mixité des véhicules empruntant les voies de circulation. Les vieux camions bringuebalants, les mobylettes côtoient les derniers 4×4 allemands et les innombrables Nissan March, la voiture la plus répandue sur l’île. La conduite mauricienne a ceci de particulier que les habitants ont une fâcheuse tendance à s’arrêter n’importe où et de préférence là où cela bloque tout. Ajouter à cela une règle simple : « À Maurice on conduit avec les couilles » et vous comprendrez que le chaos est l’ordre établi. Ce pendant, même si on perd du temps, le système fonctionne, assez peu d’accrochages finalement par rapport à ce que l’on pourrait croire. Les routes sont souvent en assez mauvais état en dehors des autoroutes, ce qui ajoute bien entendu à la perception de manque de fluidité.

Curepipe est une ville Mauricienne, avec ses petites boutiques, échoppes, restaurants. Vous ne trouverez pas ici de café ni de terrasse, c’est une ville où l’on passe, où l’on vient pour y faire quelque chose. Ses shoppings couverts accueillent des boutiques d’un peu tout, DvD pirates, vêtements, téléphonie, jouets, etc. Pour trouver des shoppings à l’occidental, rendez-vous à Bagatelle, un peu au nord de Curepipe par exemple où vous rencontrerez ce qui ressemble à un centre commercial européen, avec des espaces grands et ouverts, des terrasses, des boutiques aérées et vitrées, bref rien de très intéressant mais c’est agréable. C’est d’ailleurs une des activités du week end, venir à Bagatelle.

Pour trouver des échoppes et des métiers qui disparaissent, il faut entrer dans l’île, observer les bas-côtés des routes pour y trouver l’un des derniers ferblantiers dans la bourgade de Bambous…

De la mixité et des différences

On peut avoir de Maurice, une vision belle de la mixité. Indiens, créoles descendants d’Africains et métissés, chinois, blancs, on pourrait se dire que tous ces gens se mélangent pour créer une société multiple et diversifiée. C’est vrai pour les types, les unions mixtes créent en effet des diversités étonnantes, même au sein d’une même famille. Un enfant peut naitre blanc de parents créoles et avoir un frère noir. C’est courant ici. En fait, il n’existe pas vraiment une société mauricienne, mais des sociétés fonctionnant de manière assez exclusive, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas du tout d’ouverture, cependant on est quand même plutôt sur le conservatisme des ethnies. Le pays est dirigé par les Indiens. Si on n’est pas indien, difficile d’évoluer en son sein. Si on est blanc, on monte parmi les blancs en parallèle. Si on est créole, on a moins de chances ou du moins on le croit tellement, que les chances ne se développent pas. Les Chinois, eux, comme partout dans le monde vivent presqu’en autarcie et en circuit fermé. J’ai été très surpris d’entrer dans une boite de nuit du nord de l’île et de me retrouver… à Shangaï !

Que des Chinois ou presque qui sont et ne restent qu’entre eux. Pas de regards, de contacts avec les autres ou très peu. Une expérience particulière qui me fait maintenant vous parler de la nuit mauricienne. J’avais entendu dire que les sorties à Maurice en boite étaient très différentes de l’Europe. Pour tout vous dire, je n’aime pas ces ambiances délétères en Europe ou l’amusement se résume à une chasse primaire et à l’intoxication du corps par différentes substances. C’est souvent le lieu des masques de la roue du paon pour conquérir la femelle et/ou l’inverse. Une fois le corps imbibé, l’alcool dirige la danse, les relations y sont faussées, superficielles et approximatives, on ne peut se parler et la musique n’y est souvent pas à mon goût. Une fois ou deux par an, passe encore, mais pas beaucoup plus. J’avoue que je préfère de loin des petits concerts ou spectacles populaires où les échanges se font naturellement. Bref, on m’avait vendu les boites en extérieur comme beaucoup plus saines où les gens viennent s’amuser dans une ambiance bonne enfant.

En fait, j’ai découvert encore une fois une complexité. Beaucoup de groupes de filles sortent entre elles pour danser et boire. Elles ont peu de contact avec d’autres groupes et restent entre elles. Par contre, elles sont souvent habillées d’une manière très très provocante, ce qui, du coup est une sorte de non-sens.

La nuit se finit au petit matin dans des états peu glorieux. Les relations hommes/femmes semblent assez difficiles puisqu’il y a une sorte de retenue extrême et de peur, voire de défis. La société mauricienne est assez traditionnelle, cela crée donc beaucoup de frustrations dans un contexte hypersexué et provocant (la nuit seulement). D’un autre côté, on trouve donc ce qui se passe toujours en cas de frustrations, des débordements masqués. Des sexualités débridées sous un masque de « bonne tenue », bref du mensonge et des comportements à deux vitesses très surprenants et finalement imprévisibles. Il est très difficile de savoir à qui on a à faire finalement et le jeu est assez fatigant. Bien entendu, ce n’est pas vrai pour tout le monde, c’est une observation que j’ai faite simplement, avec mon filtre de non-compréhension puisque je ne comprends moi-même forcément que la surface des choses en aussi peu de temps.

J’en viens par digression à un autre comportement assez étonnant, c’est le désir de ne pas décevoir.

Le désir de ne pas décevoir

Les Mauriciens ont souvent tendance à vous raconter ce qu’ils pensent que vous souhaitez entendre pour ne pas vous décevoir. Il y a ce nuage de réalité adaptée pour que vous n’ayez pas une mauvaise impression du pays et d’eux-mêmes. Ainsi, vous pourrez nager dans des mondes surréalistes, construits sur une image. Vous rencontrerez donc des situations qu’on vous expliquera comme étant « spéciales » si toutefois vous n’appréciez pas. Cela permet donc ici de mettre entre parenthèses ce qui ne correspond pas à l’image que l’on veut vous donner.

D’un autre côté, cela révèle chez les Mauriciens une incroyable capacité à faire de leur mieux, avec une très belle générosité. J’en ai eu encore une preuve étonnante au réveillon de la nouvelle année…

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