Voyages en terre des hommes

Et hop, je me suis pris une grosse mine !

Et hop, je me suis pris une grosse mine !

Tant que je suis à Rio, je vais aller faire un petit tour dans les environs.

Je me souviens des beautés des paysages quand j’avais traversé l’état de Minas Gerais l’an dernier en voiture pour me rendre de Rio à Salvador de Bahia. Mille huit cents kilomètres avec une voiture bloquée en troisième, de nuit, sans essuie-glace, ni ventilation. Autant vous dire qu’à quatre dans une auto quand les pluies tropicales arrivent, c’est quelque chose.

Donc, je prends le car pour Ouro Preto, ancienne ville, que dis-je, ancienne capitale de l’extraction minière au Brésil. Huit heures de transport me mènent tranquillement à la gare routière d’Ouro Preto sur les coups de 6h30 du matin. Il fait frais et humide, je me caille un peu, je n’avais pas prévu la baisse de température.

Je marche tranquillement où le vent me mène, je traverse des petites rues, monte puis descends des collines pavées et jonchées de maisons peintes de couleurs vives. C’est très beau. Il y a des églises baroques partout de teintes jaune, rouge.

J’avance paisiblement pendant que le jour continue de se lever. La lumière inonde les collines et les plaines, joue de contraste sur les verts encore sombres d’un paysage naissant, comme chaque jour, à l’aventure d’un Brésil incertain.

J’arrive sur la place principale, la place Tiradentes.

 Ahhh la bonne auberge !

Je continue à marcher. Je vois des touristes avec leurs sacs, chercher quelque chose, je me dis qu’ils doivent chercher une auberge, je vais les suivre. Je n’ai pas trouvé d’endroit libre dans le centre-ville sur internet, je me dis que si tout va bien, il devrait hier avoir quand même une place de disponible dans une auberge. Ils rejoignent en effet une auberge. Elle est très bien placée puisque juste derrière la place principale. Je fais un peu le traducteur, il se trouve que les touristes sont français et réussis par la même à trouver un lit pour ce soir. Comme quoi l’inquiétude mène souvent moins loin que la confiance.

On me propose un petit déjeuner, ce sera avec plaisir ! En plus, ils ont du jus de Graviola, une sorte de nectar divin !
Les peintures sont aussi magnifiques, ce n’est sans doute pas pour rien que la ville est classée au patrimoine de l’humanité. Je vais donc aller visiter les églises, toutes très belles, ornées de statues en bois très travaillées. Le Rococo ici ne tue pas, il fait vendre des tickets d’entrée.

Aller hop à la mine !

Suite à cela, je décide d’aller me refaire en visitant une mine d’or. Ben oui, j’ai bien trouvé une chambre en centre-ville, on ne sait jamais !…

Je rencontre Julio, un rabatteur qui m’emmène dans une mine moins connue, mais apparemment très intéressante. Il est sympa, j’ai envie de le croire, et ma foi, si c’est naze, je décampe. Nous arrivons après une dizaine de minutes de marche à grimper une colline, devant la mine de Jéjé. Ma foi, ça à l’air marrant, j’entre, je vois des touristes Brésiliens qui en sortent et qui ont l’air ravi. Aller hop on y va, casque de chantier sur la tête et je suis les pas de David, le guide. J’entrerai tout seul avec lui dans la galerie.

La mine est une ancienne mine d’extraction manuelle. Elle était exploitée par les Anglais qui y faisaient creuser, pelleter, porter, des noirs venus pour la plupart de la Costa da mina, autrement dit, le Ghana, le Togo et le Bénin.

En fait de « simplement » faire bosser les pauvres hères, il s’agissait d’un véritable élevage, comme on élève des bêtes pour l’abattoir. Les hommes et les femmes étaient parqués et répartis par taille. Les petits iraient à la mine, moins à creuser pour les laisser passer ; les grands iraient à la production de café.

On faisait, dans ces camps, de la sélection eugéniste appliquée aux besoins du moment. Le mâle reproducteur pour les mines était donc le plus petit et le plus costaud. Il engrossait les femelles (j’emploie les termes d’époque, désolé) à partir de 14 ans. Elles ne pouvaient laisser passer que quatre mois entre chaque grossesse. Cette « production » avait une raison. Les mines étaient très dangereuses. Des accidents arrivaient fréquemment lors des remontées de pierres dans des couloirs étroits, très escarpés, glissants, à dos d’hommes. Ainsi, une chute et c’était la mort presque assurée.

On faisait aussi travailler les enfants, à partir de six ans. Ils travaillaient de 5h du matin à 19h le soir. Pour cela, il fallait les stimuler, faire disparaitre un peu les douleurs, et dans cette région, pas de feuille de coca comme en Bolivie de disponible, non… Ici, c’est à la cachaça qu’ils tenaient debout, dans l’obscurité et la poussière, charriant des tonnes de minéraux.

La cachaça est l’eau de vie du brésil, environ 40° et donc extrêmement destructeur pour le corps à hautes doses.

A manger, ils se contentaient de polenta de mil et de graisse de porc. Les esclaves qui n’avaient pas eu d’accidents vivaient rarement au-delà de 21 ans. D’où le besoin permanent de nouvelle main-d’œuvre.

 C’est horrible hein ? Ben attendez, ce n’est pas tout !

En plus de cela, on leur coupait les roubignoles, enfin non, on leur écrasait dans une pince-étau pour être plus précis… ainsi, on s’assurait qu’ils n’iraient pas fureter avec les femmes blanches et on stoppait leur croissance. Et paf, c’est le cas de le dire, ils retournaient à la mine quatre jours après. Fallait quand même avoir des couilles, enfin je me comprends.

David, mon guide aura un bon mot, il est très content d’être né à une époque différente, car même s’il travaille lui aussi à la mine (en tant que guide), il le fait dans d’autres conditions.

J’avoue que traverser ces galeries avec ces nouvelles connaissances m’a franchement bouleversé. Que de souffrances, des années durant pour permettre à d’autres de s’enrichir et aux riches de briller. J’ai vraiment du mal avec la bêtise humaine. L’or est très difficile à extraire et il est sûrement aussi prisé, car il est aussi difficile à obtenir. On le trouve beau en grande partie parce qu’il est rare et le fonctionnement n’est donc rien d’autre que de l’orgueil de posséder soi ce que les autres n’ont pas.

Imaginez-vous que des millions de gens sont morts à cause de cela, que des millions de gens sont aujourd’hui esclaves de cela, que vous et moi vivons sur les bases d’une société qui a mis cela en valeur. Et que, surtout, nous continuons sur le même mode, n’écoutant que notre orgueil pour avancer, au lieu de nous tourner vers une compréhension de la vie beaucoup plus large et simple.

Bon pour parfaire la petite histoire, parlons un peu de l’abolition de l’esclavage au Brésil. C’est la partie du monde où elle a eu lieu le plus tard, à la toute fin des années 1880. Les empereurs tiraient leur richesse de l’exploitation des mines, ils n’avaient donc pas intérêt à se priver de main d’œuvre. C’est Dona Isabel, princesse impériale du Brésil qui signa la loi d’Or, poussée par les Anglais.

L’Angleterre ? Mais pourquoi l’Angleterre ?

En fait, tout ça, c’est grâce à notre Napoléon national qui botte le cul de Jean VI, roi du Portugal, en 1808. Jeannot a les grelots, et décide de se tailler au soleil, à Rio. Et paf, Rio devient la capitale de l’empire colonial portugais.

Du coup, nos amis les Anglishs, loin d’être les derniers a tout comprendre, proposent à Jeannot de l’aider à protéger son empire contre des contrats commerciaux… dont évidemment l’exploitation des mines de minéraux précieux !

Pourquoi, alors qu’ils ont les contrats d’exploitation, les grands Bretons se feraient-ils chier à tout changer ? A ce moment là en Europe, la révolution industrielle bat son plein depuis déjà une centaine d’années, partie d’Angleterre, il est temps de réformer les productions. Et surtout… il est temps de vendre aux empereurs les machines toutes neuves pour exploiter les mines et d’autres choses. Les marchés évoluent, il faut faire évoluer les mœurs. Si en plus ça nous fait une bonne pub, on a tout gagné. Hop, les Anglais deviennent abolitionnistes, en fait pour faire encore plus de business. Rassurez-vous, ça se passe toujours comme ça et partout. On ne donnera pas la palme au Brésil, ni à l’Angleterre, si tant est qu’on ait envie de nager dans la Tamise.

Après ces quelques plongées historiques, je suis allé visiter une autre mine, exploitée mécaniquement celle-ci, avec un petit chariot comme dans « Hugo délire », vous vous souvenez, puis le musée de l’école des mines où j’ai encore appris des tas de choses sur l’extraction, mais aussi vu de très belles pierres. J’ai donc appris que l’or était présent dans le Quartz ou à la frontière du Quartz et de la roche qu’il strie. Les bandes blanches de Quartz indiquent donc que l’on peut trouver de l’or et qu’il y a peut-être un filon.

En fait de préciosité, ce qui a sans doute la plus grande valeur à Minas Gerais, c’est son peuple. Les gens ici sont très sympas, accueillants, simples, généreux.

J’ai rencontré et discuté avec pas mal de personnes, dans le bus, dans la rue, j’ai ainsi appris où se trouvait le resto le moins cher à volonté de la ville, ce qui est une info en or et aussi que demain ouvrait le Carnaval d’Ouro Preto. Or, il se trouve que c’est le deuxième carnaval le plus chouette après celui de Salvador de Bahia et avant celui de Rio !

Alors, je vais sans doute rester là pour l’ouverture, aller un peu à Tiradentes, ou, parait-il c’est bien cool aussi, et ensuite, retour à Rio pour le carnaval Carioca, samedi !

Ce qui est top, c’est qu’après cette grosse mine, je n’ai même pas mal à la tête ! :p

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