Voyages en terre des hommes

POLICE Militaire

POLICE Militaire

Je partage avec vous un post tiré d’un reportage que j’ai écrit l’an dernier au retour du Carnaval de Bahia, impressionné par la police militaire.

Un autre Brésil

Les images d’Epinal nous montrent deux principales facettes du Brésil qui finissent même par devenir ses vitrines.
L’une nous présente des filles presque nues dansant naïvement sur des plages ensoleillées, une caïpirinha à la main, l’autre, des favelas, soumis à un danger quasi permanent et d’une violence rare. De tout cela nous ne gardons que l’exotisme teinté de sexe et de barbarie sous couche de développement économique non maîtrisé.

Et si les Brésils étaient bien différents de tout cela. Dire que les clichés n’existent pas serait mentir mais ce sont bel et bien des clichés, l’arbre qui cache une forêt bien plus riche et belle que ce que l’on peut voir depuis le bord de la route, depuis la fenêtre d’un car de tourisme.

La police militaire fait partie de la mise en scène qui consiste à ne montrer qu’affrontements ou situations extrêmes. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, elle n’intervient pas qu’avec des chars et des hélicoptères dans les bidonvilles de Rio ou de Sao Paulo.

Salvador de Bahia, risquée et vivante

Salvador est une ville teintée d’Afrique. La population y est très métissée, les cultes y sont pluriels. Bien sûr il y a de la pauvreté, le niveau de vie est très inférieur à celui que l’on peut trouver en France, à part pour certaines élites. Les tentations y sont donc nombreuses, tout comme les traffics. Rien de très surprenant en fait. Tout cela crée un environnement comme il existe d’autres environnements. Les uns ne sont pas forcément plus dangereux que les autres si tant est qu’on puisse en comprendre les codes et les observer.

Pipoca, une foule incroyable et “incontrolable”

Le Carnaval est la fête la plus attendue de l’année car c’est un défouloir, un moment unique de communion et de lâcher-prises, dans un univers parfois très dur. On oublie tout, on danse, simplement. Comme tout lâcher-prises, cette fête inclue des excès qui, vu l’importance de la foule doivent être immédiatement contenus. Les rues sont pleines à craquer d’un flot inintérompu de danseurs, buveurs, tous, sourire aux lèvres. PIPOCA, cela veut dire Popcorn en portugais et désigne la rue où tout le monde saute en l’air sur des rythmes endiablés…comme des grains de maïs qui explosent en popcorn.

Cette foule est connue comme très dangereuse, il est difficile de s’y déplacer serainement, on est en quelque sorte porté par le flot. La Police militaire est alors la main de fer dans… un gant de fer. Souvent décriée pour sa violence, elle doit être efficace.

Quoiqu’on dise, c’est une des clefs de la réussite du Carnaval ! Bienvenue dans la complexité du Brésil !

Une autorité neutre et inflexible indispensable

Au milieu de la foule survoltée, on peut voir passer un serpent blanc et brun, calme et lent. Ce lacet casqué n’est autre qu’une patrouille de PM. La marée humaine s’ouvre devant eux comme par magie. Il n’y a aucune bousculade, partout où passe ce bandeau d’autorité, les fêtards se pressent pour leur ouvrir le chemin sans que personne ne les touche. Que la ligne soit formée de cinq policiers ou de 15, c’est la même chose. Tous ici savent que les policiers sont les garants de la fête et qu’ils sont en mode impassible. Ne pas les toucher, ne pas les bousculer car ce serait comme mettre les doigts dans une prise electrique qui ne pense pas avant de réagir. De nombreuses femmes font partie de ces cordons d’ordre.

Lorsque d’un coup un mouvement de foule se crée, qu’une bagarre nait, c’est un piège d’une extrême pugnacité qui se referme sur les agités. Les forces de l’ordre interviennent sans palabre et immobilisent immédiatement les protagonistes alors tétanisés par la puissance et la rapidité d’intervention. Le serpent a frappé.

Chaque maillon de la chaine porte très lisiblement un uméro sur le poitraille. Tout est clair, rien ne peut être dissimulé, ni exactions, ni usages abusifs de la force. Après vérification des identités et décision de suites ou non, en 3 minutes, le serpent se reforme et poursuit son chemin dans la jungle humaine. Je témoigne ici de ce que j’ai vu. Je sais qu’il existe aussi des abus de pouvoir, des policiers peu clean. Comme partout, il y a de tout, le propos ici n’est pas pas d’enjoliver, simplement de reconnaître le rôle de la Police Militaire dans cette fête qu’est le Carnaval.

Et vous savez quoi ? Cette année, La police militaire est en grève. Le taux d’homicide a augmenté de 165% à Salvador et j’ai annulé mon séjour là-bas, par précaution. Depuis hier, Rio voit ses pompiers et policiers en grève également. Il parait que du coup à Rio, avec la grève de la police le taux d’homicide a baissé de 50%… enfin ça c’est une blague de carioca ! ;-)

A venir, mon arrivé à l’aéroport de Rio, une course en taxi effrénée pour éviter les balles et un pot de fleur qui tombe à 4cm de ma tête.

Share
:)

Discussion

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*


× 9 = 9

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

  • Twitter
  • Facebook
  • Flickr